Messagepar GestiondeFortune » 19 mai 2026, 16:33
Réponse courte : oui, c’est possible, mais il faut être prudent dans la manière de le faire.
Le risque de « don déguisé » existe surtout si cela est mal structuré ou si cela dure longtemps sans justification. En revanche, avec un usufruit conservé par le parent, il existe des montages parfaitement légaux.
Le point clé : l’usufruitier (vous) garde le droit d’usage et de jouissance du bien. C’est juridiquement vous qui décidez qui occupe l’appartement.
Juridiquement, que permet l’usufruit ?
En gardant l’usufruit, vous avez le droit :
d’y habiter,
de le louer,
de le laisser vacant,
ou d’en autoriser l’occupation gratuite.
Donc, en théorie :
oui, votre fils peut y habiter gratuitement avec votre accord, même si vous vivez ailleurs.
Mais fiscalement, il faut distinguer deux situations.
Cas 1 — Le plus simple : occupation gratuite autorisée par le parent usufruitier
Vous dites :
« Je vis désormais dans ma maison de campagne et j’autorise mon fils à occuper gratuitement mon appartement parisien. »
Juridiquement, c’est cohérent.
Dans ce cas, ce n’est pas automatiquement considéré comme un don déguisé.
Pourquoi ?
Parce que l’usufruitier a précisément le droit de jouissance du bien. Il peut renoncer à percevoir un loyer.
Le fisc ne requalifie pas systématiquement cela en donation taxable.
Mais il existe une zone grise : si cela ressemble à un enrichissement patrimonial organisé durablement au profit du fils.
Là où le risque fiscal augmente
Le fisc peut devenir plus attentif si :
1) Le fils en fait sa résidence principale pendant très longtemps
Exemple :
donation à 69 ans,
le père part vivre ailleurs définitivement,
le fils habite gratuitement pendant 20 ans.
Le fisc pourrait dire :
« En pratique, le père s’est privé volontairement d’un revenu locatif important au profit du fils. »
À Paris, sur un bien de 900k€, la valeur locative implicite peut être élevée.
Cela peut alimenter une discussion fiscale.
2) Le père n’utilise plus réellement son usufruit
Si, dans les faits :
vous n’y allez jamais,
vous êtes installé ailleurs définitivement,
le fils dispose du logement comme propriétaire économique,
alors l’usufruit peut paraître « vidé de sa substance ».
C’est davantage un risque civil/fiscal théorique qu’un automatisme, mais il existe.
Cas 2 — La solution juridiquement plus solide : le prêt à usage (commodat)
La façon propre de faire est souvent :
un prêt à usage gratuit écrit entre l’usufruitier et le fils.
En clair :
« Je prête gratuitement le logement à mon fils à titre précaire et révocable. »
Cela montre que :
c’est vous qui gardez le contrôle de l’usufruit,
vous pouvez récupérer le logement,
il n’y a pas transfert caché.
Ça sécurise beaucoup la situation.
Un simple document daté suffit souvent (idéalement avec notaire).
Cas 3 — Une autre possibilité très intéressante : convention d’usufruit
Le notaire peut parfois prévoir dans l’acte :
droit d’occupation familiale,
modalités d’usage,
conditions de mise à disposition au fils.
Cela évite les ambiguïtés futures.
Point important souvent oublié : taxe foncière / charges
En démembrement :
En général :
Usufruitier
→ taxe foncière
→ charges courantes
→ entretien
Nu-propriétaire
→ gros travaux structurels (article 606 du Code civil)
Donc si le fils occupe gratuitement le logement, il est logique qu’il prenne au moins :
charges de copro courantes,
électricité,
internet,
parfois taxe d’habitation (si applicable selon situation).
Mon avis pratique
Dans ce cas précis (père veuf, fils unique, patrimoine familial), je ne vois pas un risque majeur de don déguisé, à condition de ne pas faire quelque chose d’improvisé.
La version propre serait :
donation de nue-propriété,
conservation de l’usufruit,
père part en résidence secondaire,
fils occupe gratuitement via une convention écrite de prêt à usage révocable.
Cela devient défendable et cohérent juridiquement.
Le vrai sujet à challenger ici n’est pas tant le fisc que la souplesse future :
si un jour vous voulez vendre, récupérer l’appartement ou changer d’avis, il faut que ce soit clair dès le départ.